Homélies

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02.12.2019
Titre : HOMELIE DU PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT
Auteur : père Paul RANDRIAMANANA


Les trois lectures d’aujourd’hui nous donnent suffisamment le sens de ce nouveau temps liturgique.
D’abord, avec la première lecture, l’Avent nous invite à vivre l’expérience du peuple de Dieu qui attendait le Messie. Avec ce peuple qui, au temps d’Isaïe, était menacé par l’hégémonie assyrienne et donc, un peuple angoissé de l’avenir, nous attendons le Roi rassembleur, le Roi de Justice et de Paix. Il accompagnera son peuple pour forger des faucilles de ses lances… Il changera donc l’habitude de son peuple. Avec lui, les guerriers deviennent des artisans de paix.  En effet, le temps de l’Avent est un temps d’espérance et de renouveau, un temps de marche vers la rencontre du Messie, Dieu qui veut marcher avec son peuple.
Ensuite, le temps de l’Avent correspond à notre soif de Dieu, à notre soif du salut. En écoutant saint Paul dans sa lettre aux Romains, nous sommes appelés à intérioriser l’espérance messianique afin que celle-ci soit comblée et que le Messie soit le bienvenu dans chacun de nous. C’est une invitation à un réveil de foi et à une conversion personnelle qui consiste à rejeter les œuvres des ténèbres pour vêtir les armes de la lumière. De cette démarche, à Noël, nous ne fêterons pas seulement le Christ Lumière, mais nous serons aussi joyeux de devenir avec lui le sel de la terre et la lumière du monde.
Enfin, l’Avent nous rappelle que notre vie est en marche vers la rencontre du Seigneur dans sa gloire. Le fils de l’homme viendra, disait Jésus, dans l’Évangile de ce premier dimanche de l’Avent. Oui, Il sera de retour. Nous attendons ce retour glorieux. Au long de cette attente, Jésus appelle ses disciples à veiller. Il nous demande d’être vigilants pour que ce jour ne nous surprenne pas. Il s’agit de vivre en présence de Dieu. C’est le sens de nos prières et de notre témoignage de vie chrétienne.
Oui, frères et sœurs, que notre vie soit une attente fidèle de son retour glorieux. Notre fidélité signifie que notre vie de chrétien puise toujours sa source dans l’Eucharistie qui se prolonge dans nos prières quotidiennes et dans l’écoute permanente et active de la Parole de Dieu, dans les œuvres caritatives et l’accomplissement de notre devoir d’état selon l’esprit de l’Évangile. Ainsi, au cours de notre préparation de la venue du Seigneur, nous sommes accompagnés par celui que nous attendons. Amen !


27.10.2019
Titre : 30e dimanche du temps ordinaire année C
Auteur : Père Roger Afan, O.P.


Évangile de Luc 18,9–14.

Jésus, dans son ministère a rencontré en Israël des gens qui étaient convaincus qu’ils étaient justes et qui méprisaient les autres ; c’était le fait des pharisiens. Pour leur apprendre à ne pas se complaire en eux-mêmes et ne pas dédaigner les autres, Jésus dit à leur adresse cette parabole.

Deux hommes montaient au Temple pour prier, l’un était pharisien l’autre publicain. Dans les oreilles des auditeurs de Jésus, ces mots suggérèrent entre les deux hommes un contraste très net. L’un représentait le parti de la stricte observance, de la sainteté officielle et légale. L’autre l’homme du fisc était rangé dans la catégorie des pécheurs publics.
Voilà une parabole bien connue, et chacun peut se reconnaître dans l’un, ou dans l’autre des personnages. Mais dans lequel ? dans le pharisien ou dans le publicain ? C’est la question qui nous est adressée aujourd’hui.
Sans doute, nous nous reconnaîtrons dans le publicain puisque c’est lui qui à la fin s’est trouvé justifié. Mais il ne s’agit pas en réalité de se reconnaître, de se penser, de se justifier, mais bien d’être ce que nous sommes sous le regard aimant de Dieu. C’est en effet Dieu qui justifie l’homme et non pas l’homme qui se justifie.

Mais en réalité qu’est-ce qu’on reproche au pharisien ?
Il prit debout, et c’est classique, il le fait sans être discret, il ne demande rien pour lui-même, il le laisse à Dieu, il paye la dîme sur tout ce qu’il gagne, et cet argent va sans doute servir à aider les pauvres. Il a de quoi être fier.
Cependant le pharisien condamne le publicain sans même le connaître. Et donc ce qu’on peut reprocher aux pharisiens c’est cette manière de penser : à savoir, que les autres sont pécheurs et moi je suis juste.

Il nous arrive, de penser comme les pharisiens. Quand je suis à vélo, je remercie le Seigneur de ne pas rouler en voiture, qui pollue, qui passe à moins d’un mètre du piéton. IL y a cette manière de penser que les deux sont affreux, et moi je suis génial. Nous retrouvons des mots qui reviennent souvent dans les propos du pharisien. Il dit tout le temps JE, JE rends grâce à Dieu, JE ne suis pas comme les autres hommes, JE ne suis pas comme les publicains, JE jeûne, JE paie la dîme. Il ne regarde les autres que pour les juger, en dire du mal, pour se remplir de lui-même. Plein de lui-même il est finalement vide d’humilité.

Avoir l’humilité c’est être vrai envers soi-même. Celui qui est vraiment humble aura toujours de l’orgueil en lui. Plus quelqu’un se fait petit aux yeux de Dieu, plus le Seigneur se plaît à venir habiter en lui et l’élever. Véritable paradoxe que nous présente l’Évangile d’aujourd’hui.
Quiconque s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera relevé.
Mais maintenant quelle grande consolation pour nous pécheurs que cet enseignement du Seigneur. Nous peinons douloureusement parfois sur le chemin de la conversion.
Aujourd’hui Jésus nous met devant l’essentiel. Il nous dit que qui que nous soyons, quel que ce soit notre passé, notre présent, quel que soit nos luttes et nos échecs si nous sommes tournés vers Dieu, si nous avons au cœur, le désir de vivre avec Dieu, nous devons considérer que nous sommes déjà sauvés par Dieu. Oui nous sommes sauvés, non pas par ce que nous faisons surmonter aux hommes non, par l’humilité que nous montrons à l’égard de Dieu. Aujourd’hui cet ordre des choses est peu observé hélas, l’orgueil domine le monde, et c’est ce qui conduit notre société à sa perte. Être humble c’est être un vrai homme, une vraie femme.

Puissions-nous avoir de tels hommes, et de telles femmes pour gouverner le monde, les pays, les régions, les villes et les villages. Car ces hommes et ces femmes seraient pour le monde entier de vraies lumières capable d’actes héroïques et désintéressés pour le salut de l’humanité, des personnalités vraies, des hommes et des femmes qui puissent être des repères pour leurs concitoyens, voilà ce dont notre monde a besoin.
Tout à l’heure comme chaque dimanche, chaque eucharistie, nous allons recevoir en nous Jésus eucharistie, nous allons nous approcher de l’autel du Seigneur, et cette démarche témoigne à la fois de notre humilité et de notre grandeur.
Elle témoigne de notre humilité, car nous nous abaissons jusqu’à croire que le pain que nous avons entre les mains est bien le corps du Christ. Elle témoigne aussi de notre grandeur car dans la communion, nous devenons vraiment le corps du Christ, le fils adoptif de Dieu. Que cette démarche soit notre justification pour le salut du monde.
Au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit. Amen


24.10.2019
Titre : Homélie du 20 octobre 2019 – 29e dimanche du Temps ordinaire
Auteur : Père Erwan Delahaye


Journée Missionnaire mondiale

"le Fils de l’homme, quand Il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" C’est ainsi donc que se conclut le passage de l’évangile que la liturgie nous donne à entendre en ce jour, ce choix liturgique de l’Eglise qui nous donne aussi des textes si forts sur l’insistance dans la prière et sur son efficacité, comme sur l’importance de l’Ecriture Sainte inspirée qui permet de se changer personnellement et de changer le monde.
"le Fils de l’homme, quand Il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" Déjà, au chapitre précédent de l’évangile selon saint Luc, les disciples demandaient à Jésus "Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples" (17,1). Un peu plus loin, "les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »" (17,5). Plus loin encore, lors de la guérison des dix lépreux et du retour du Samaritain guéri, 17,19 "Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »" (17,19). Prière et foi sont donc déjà présentes et mises en relation.


Car, frères et sœurs, c’est bel et bien la foi qui est mise à l’épreuve dans la prière confiante et insistante. Non pas pour apitoyer Dieu, ou lui casser les pieds jusqu’à ce qu’Il exauce la prière, … La parabole de la veuve et du juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes n’est pas prononcée pour dire qui est Dieu ni ce que nous devons faire vis-à-vis de Dieu. Elle fait partie des quelques paraboles qui invitent à regarder au-delà des pratiques humaines : voilà ce que vous faites et qui n’est déjà pas trop mal ; mais Moi, Dieu, Je fais encore bien plus.
En effet, Dieu n’est pas un juge sans justice ; Il est même au-delà d’un juste juge. Il est le Père très aimant qui donne son Fils et l’Esprit par amour de tous les hommes et femmes de tous les temps. Nous le savons parce que cela nous est dit et entendu de manière intellectuelle. Mais est-ce que nous le vivons réellement ? Et c’est là qu’intervient la foi. Est-ce que je crois du fond de mon cœur que Dieu est Père infiniment bon, aimant et qu’Il répond à ma prière d’enfant bien-aimé ? Déjà, au chapitre 11 de l’évangile selon saint Luc, Jésus affirmait à propos de la prière de demande : "Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !" (11,9-13).
Oui, la prière est un véritable acte de foi, cette foi qui n’est pas seulement intellectuelle ; comme le dit le site de l’Eglise catholique de France, "pour un chrétien la foi est relation à Dieu dont il reçoit la Parole." Ainsi, pour nourrir cette relation vivante, cette foi, il faut fréquenter la Parole de Dieu dans les Ecritures inspirées, comme nous l’entendons dans la deuxième lecture. Et pour ne pas être trop long, je vous renvoie à l’édito de cette semaine.
Pour continuer sur la foi, je cite un message tweeté du pape François en juillet dernier : « La foi est un don qui maintient vivante une assurance profonde et belle : nous sommes des enfants aimés de Dieu » (tweet du pape François le 12 juillet 2019). De là, et de là seulement découle le lien fort et l’efficacité de la prière. Sans cette foi, pas de prière authentiquement chrétienne. Nous serions comme des païens "qui adressent des prières à leur dieu qui ne sauve pas" (Is 45,20). Mais, comme l’écrivaient les papes Benoît XVI et François dans l’encyclique Lumen fidei : "La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et construire notre vie... Transformés par cet amour nous recevons des yeux nouveaux, nous faisons l’expérience qu’en lui se trouve une grande promesse de plénitude et le regard de l’avenir s’ouvre à nous. La foi que nous recevons de Dieu comme un don surnaturel, apparaît comme une lumière pour la route, qui oriente notre marche dans le temps" (n° 4). Et un peu plus loin : (n° 51) "En raison de son lien avec l’amour (cf. Ga 5, 6), la lumière de la foi se met au service concret de la justice, du droit et de la paix".
Ainsi, de la foi qui se cultive notamment dans la prière, qui est nourrie de la fréquentation des Ecritures Saintes inspirées, de cette foi naît un dynamisme profond que nous appelons la mission. Le pape François le rappelle dans son message pour notre Journée Mondiale missionnaire : "L’Église est en mission dans le monde : la foi en Jésus Christ nous donne la juste dimension de toute chose, en nous faisant voir le monde avec les yeux et le cœur de Dieu ; l’espérance nous ouvre aux horizons éternels de la vie divine à laquelle nous participons vraiment ; la charité dont nous avons l’avant-goût dans les sacrements et dans l’amour fraternel nous pousse jusqu’aux confins de la terre."


Alors, frères et sœurs bien-aimés, ouvrons nos cœurs comme de petits enfants pour accueillir le don de la foi, pour lever les mains dans la prière confiante au Père qui nous aime, pour accueillir la Parole de Dieu qui vivifie et met sur nos lèvres des paroles de grâce, pour être véritablement des disciples-missionnaires dont toute la vie n’est poussée que par une seule foi : comme je suis aimé, je veux vivre de cet Amour et l’annoncer au monde entier. Car c’est seulement en ce Dieu aimant que tout trouve paix et justice, victoire finale et vie éternelle.
Amen

                                                                 

Père Erwan Delahaye


15.10.2019
Titre : Homélie du 28e dimanche du TO année C
Auteur : Mgr Antoine de Romanet


Luc 17,11–19

Cet Évangile est une magnifique occasion de réfléchir ensemble sur ce que signifie pour nous la grâce sacramentelle, cette réalité des sacrements, par laquelle Dieu vient à notre rencontre, ces signes sensibles qui nous sont donnés de la grâce de Dieu. Accueillir la grâce de Dieu dans cette action de grâce qu’est l’Eucharistie. Eucharistie signifie action de grâce et ici, un seul des dix lépreux accomplit cette action de grâce.
Et nous pouvons avoir en arrière-plan, une réflexion qui m’avait frappé il y a plus de 20 ans d’un évêque catholique anglais et reprise par le pape François dans un de ses écrits. Invitant l’église catholique à s’interroger sur le point de savoir si on n’avait pas à l’excès sacramentalisé et insuffisamment évangélisé.
À l’évidence les deux vont de pair et c’est un point essentiel. Comme toute page de l’écriture elle vient nous rencontrer chacun personnellement, nous sommes tous extraordinairement proche de ses dix lépreux parce que comme nous, ces dix lépreux assistent à l’Eucharistie.
Dix lépreux, c’est ce chiffre symbolique puisque, dix hommes en Israël suffisent à former l’assemblée de prière. Et chacun de nous nous ressemblons à ces dix lépreux. Nous avons tous dit au début de cette célébration « Seigneur prend pitié ». Enfin pour tous ceux qui sont arrivés à l’heure. Je le dis d’autant plus volontiers que je suis simplement de passage. On reconnaît le peuple chrétien, à ce qu’une bonne partie d’entre eux arrive entre le Kyrie et le Gloria. C’est d’ailleurs très déconcertant au Carême puisqu’il n’y a pas de Gloria donc le point de repères disparaît. Le Seigneur nous attend au moins cinq minutes avant le début de chaque célébration pour préparer notre cœur.
Bref, pour tous ceux qui étaient là nous avons dit « Seigneur prend pitié », comme eux. Nous pouvons d’ailleurs nous interroger sur la manière dont nous le disons du plus profond de notre être, ou comme une formule de politesse « bonjour comment allez-vous ? Moi ça va très bien », « Seigneur prend pitié, Christ prend pitié, Seigneur prend pitié ». Est-ce que c’est du plus profond de nos entrailles, que nous venons à la rencontre du Seigneur pour lui crier « Seigneur vient me sauver Seigneur sans toi je suis perdu » donc nous sommes très proches, extrêmement proches de ces dix lépreux. Comme eux nos pas ont croisé ceux de Jésus, et comme eux nous sommes venus ce matin à la rencontre de Jésus. Et tous nous avons conscience d’une manière ou d’une autre du fait que nous avons besoin d’être purifiés. Comme ces dix lépreux, nous recevons le don de la parole de Dieu comme parole de vie, cette parole qui vient d’être proclamée à cet ambon.
Impressionnant Jésus ne touche pas physiquement ces 10 lépreux ; il les touche par sa parole. Jésus c’est la parole de Dieu fait Homme, c’est le Verbe créateur, celui qui était à l’origine de temps, celui par qui tout a été fait, chapitre un de la genèse.  Dieu dit, et cela est Dieu créé par sa parole.
Jésus n’est pas simplement le petit enfant de la crèche, que fin décembre, nous rencontrerons. Jésus c’est le verbe créateur, l’alpha et l’oméga, l’origine et le terme de toute chose. C’est le début du puissant prologue de Saint-Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu, tout fut par Lui et sans Lui rien ne fut ».
Le Christ est la parole. Lorsque nous disons dans l’Évangile : « Jésus annonçait la bonne nouvelle », nous pourrions traduire de manière littérale : « la parole parlait la parole ». Et voilà qui nous interroge sur la manière dont nous recevons la parole, sur la manière dont nous nous laissons féconder par la parole de Dieu, dont nous prenons le temps véritablement dimanche après dimanche et jour après jour de l’accueillir dans sa puissance créatrice et re-créatrice.
Ici la guérison s’effectue simplement par la puissance de la parole. Quelle est la place de la parole de Dieu dans ma vie ? Est-ce que je me laisse toucher par elle véritablement ?
Et comme ces dix lépreux, chacun de nous, nous recevons la grâce de la guérison et du salut dans la force du sacrement. La victoire est déjà acquise, le Christ a vaincu le péché et la mort pour toujours. Il est ressuscité, c’est tout le thème du psaume que nous avons chanté. Le salut nous est offert en puissance comme une capacité. Il est offert à chacune de nos libertés.
Lorsqu’au moment du baptême des petits enfants nous chantons avec joie : « tu es devenu enfant de Dieu, Alléluia, Alléluia », c’est comme une promesse qui s’adresse à la liberté de cet enfant et qui va se déployer tout au long de son existence. Si en Jésus-Christ tout est donné, il nous faut l’accomplir. Si la promesse nous est offerte, il nous faut l’accueillir et nous laisser transformer. Autrement dit, si Dieu fait tout pour nous, il ne fait rien sans nous. Et si la grâce du salut nous est offerte à tous, de la manière la plus certaine, elle ne peut produire du fruit et s’accomplir que par l’accueil de notre cœur et la mise en œuvre de nos vies. Sur dix lépreux qui comme nous assistent à l’eucharistie, et qui entendent comme nous une parole de salut, neuf en restent aux signes extérieurs. La maladie les avait réunis, la guérison va les séparer.
Et là : neuf juifs et un samaritain, c’est le seul qui revient vers Jésus. Nous sommes l’Église, nous sommes le nouveau peuple de Dieu, nous bénéficions de signes. Quelle est notre conversion ? Le danger du peuple élu a sans doute été, pour une part, de se croire propriétaire de la promesse et propriétaire du salut. Nous sommes le nouveau peuple de Dieu. Prenons garde à cette réalité : est-ce que le salut nous serait acquis ? Est-ce que nous en serions propriétaires ? Est-ce que nous considérons cela comme un du ? Ou est-ce que, comme ce samaritain, nous réalisons le don gratuit du Seigneur qui sera toujours immérité, et qui appelle le retour de notre cœur et de notre vie. Au fond ces neuf hommes qui ne reviennent pas vers le Christ en restent à une réalité humaine corporelle extérieure. Ils ne vont pas au bout de la signification de ce qu’ils viennent de vivre.  Ces neuf hommes au fond en restent à la satisfaction d’une demande limitée. Ils demandent une guérison physique. Ils obtiennent une guérison physique, et ça leur suffit.
Jésus ne cesse de montrer dans l’Évangile que les signes sensibles qu’il nous donne renvoient toujours à une réalité spirituelle. Un sacrement c’est toujours un signe sensible. Du pain et du vin dans le cas de l’Eucharistie, de l’eau dans le cas du baptême, de l’huile sainte dans le cas de la confirmation ou l’onction des malades, des paroles, d’échange de consentement ou d’échanges d’aveux dans le mariage ou la réconciliation. Un signe sensible, ça touche la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, l’un de nos cinq sens qui renvoie à une signification spirituelle C’est magnifiquement illustré par le premier miracle de Jésus en Saint Luc. Vous l’avez déjà entendu cinquante fois au catéchisme à moins que vous-même ne l’ayez professées cent fois en tant que catéchète.
Jésus, qui est entouré d’une foule très nombreuse qui est assoiffée de ses paroles, qui est comme enserré, on lui amène un malade. Et comme on ne peut pas l’approcher directement on défait le toit plat qui est au-dessus de lui et on amène un brancard par des cordes juste devant Jésus.  Et Jésus de dire mon fils tes péchés sont pardonnés.

 Ce n’était pas du tout ce qu’ils étaient venus chercher. Comme aurait dit le général De Gaulle : « Ce n’était peut-être pas votre question mais c’est ma réponse ».
Murmure dans l’assemblée. Jésus a simplement prononcé une parole. Qui est cet homme qui prétend pardonner des péchés. Dieu seul peut pardonner des péchés. Jésus assume sa divinité et Jésus entend la rumeur qui l’entoure et il interroge : Qu’est-ce qui est plus facile de dire : mon fils tes péchés sont pardonnés ou de dire prends ton brancard lève-toi et marche ? Pour que vous sachiez que le fils de l’homme à le pouvoir de pardonner les péchés, je te le dis prends ton brancard lève-toi et marche. » Qu’est-ce qui est important ? d’avoir ses péchés guéris ou de retrouver l’usage de ses jambes ? Tout dans l’Évangile nous manifeste combien les guérisons sensibles de Jésus nous renvoient toujours à l’essentiel qui est la guérison spirituelle. Tout nous illustre que nous devons toujours, à partir des signes sensibles qui sont essentiels dans notre dimension incarnée, aller à la plénitude du sens. Il s’agit de passer toujours du signe au sens. Jésus dans l’Évangile ne cesse de le manifester. Les miracles sont toujours au service de la foi et de la conversion. Tous les dix ont reçu la grâce, tous dans notre assemblée ce matin nous recevons la grâce, un seul s’est converti, un seul revient sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix.
Voilà qui nous éclaire, sur le sens profond des sacrements, éclairé par la première lecture Naaman. On lui demande quelque chose de tout simple presque dérisoire : « Va te baigner dans le fleuve ». Sincèrement est-ce que j’ai fait tous ces kilomètres dit Naaman pour faire quelque chose d’aussi simple. J’aurais très bien aussi pu le faire à la maison et son serviteur de lui dire mais on t’aurait demandé quelque chose de compliqué tu l’aurais fait. Accomplis humblement ce qui t’est demandé. Oui mes amis les sacrements ont un aspect dérisoire dans leurs signes. Ils sont aussi un lieu d’engagement et d’humilité de chacun d’entre nous, mais ces signes dans leur humilité nous renvoient à ce qu’il y a de plus décisif. C’est bien le sens de l’Eucharistie, action de grâce. Faire retour à Dieu par toute notre vie. Jésus veut nous engager dans un chemin de conversion personnelle. Comme neuf des dix lépreux, nous considérons peut-être que le fait de pratiquer, venir à l’Eucharistie dominicale suffit, en oubliant l’essentiel, qui est de l’ordre de la vérité spirituelle de nos vies. Le drame c’est quand à la fin d’une célébration dominicale, on entend résonner comme un jingle de Canal+ : « et maintenant vous pouvez éteindre votre télévision et reprendre une vie normale », comme si l’Eucharistie était une sorte de parenthèse, et que le reste de la semaine se vivait sans elle. L’Eucharistie n’a de sens dans nos existences que si nous en voyons les effets à tous les instants et à toutes les rencontres de chacune de nos vies, si nous faisons nôtre cette parole bouleversante d’un père de l’Église nous disant : « le Christ est tout autant présent dans le pain et le vin que tu adores avec raison sur l’autel que dans le pauvre qui mendie à la porte de l’église ». « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ».
La rencontre que nous faisons avec le Christ ressuscité de dimanche en dimanche, nous renvoie à chacune de nos rencontres, à chacun de nos instants de nos existences, et c’est cela qu’il nous faut réaliser.
Combien c’est le tout de notre être que le Christ veut prendre et transformer, à la mesure dont nous nous offrons, à la mesure dont nous accueillons sa présence. Sens de l’Eucharistie relève toi et va : un envoi en mission, un témoignage. Et Jésus de terminer : « ta foi t’as sauvé ». Impressionnant ! Les dix ont été guéris, les dix ont été baptisés, les dix ont assisté à l’Eucharistie, un seul s’est converti et a fait retour, et a entendu « ta foi t’as sauvé ».
Le salut ne s’accomplit que lors ce que la grâce de Dieu a touché et transformé mon cœur. C’est seulement ainsi que je peux être missionnaire et témoigner, si la grâce m’a touché au point de me convertir.
Alors nous comprenons ce rôle essentiel des sacrements, ces signes sensibles qui me renvoient à une réalité spirituelle décisive d’une conversion de mon cœur. Avoir reçu un sacrement n’est le gage de rien, si ce n’est de l’extraordinaire promesse qu’il me faut accomplir dans mon existence. La grâce de Dieu nous est offerte en plénitude, elle reste à déployer en personne par chacun d’entre nous pour lui faire porter ses fruits, et c’est bien ça un sacrement, c’est comme un miracle, cela suppose la foi, cela établit la foi. En d’autres termes, il me faut réaliser combien l’action de grâce est autant grâce qu’action. La grâce, elle nous est donnée en plénitude. L’action c’est la mise en œuvre de notre liberté qui s’est laissée saisir par le Christ. Alors mes frères, rendons grâce, rendons grâce d’avoir la conscience de la lèpre du péché qui vient nous assombrir le cœur, rendons grâce de réaliser, que le Christ vient chacun nous sauver personnellement, rendons grâce de la parole de Dieu qui ne cesse de nous être offerte pour toucher nos cœurs, rendons grâce de l’Eucharistie ou le corps glorieux du Christ ressuscité vient habiter chacune de nos existences. Et demandons que notre vie en soit totalement transformée jusqu’à en être transfigurée. Le Christ dans nos cœurs ne peut pas ne pas transformer nos vies. C’est ce chemin qui est celui de l’éternité.
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen.

Mgr Antoine de Romanet


07.10.2019
Titre : 27ème dimanche du TO, année C
Auteur : Père Yann Richard


Les arbres dans la mer !  Vous y croyez, à cette histoire ? 

Vous y croyez à ces arbres, que l’on va planter dans la mer comme des éoliennes, d’abord déracinés puis, ensuite, plantés en pleine mer. C’est très étonnant quand même, une image très étonnante, et nous savons d’autre part que l’eau de mer brûle les racines des arbres, en bordure de mer surtout avec le rehaussement du niveau de la mer qui vient brûler ces arbres. 
Nous savons également que, dans l’imaginaire de l’Ancien Testament, la mer représente le lieu de la mort, aux terribles tempêtes, où les marins peuvent périr évidemment, la mer de Galilée, une mer comme d’autres mers. Et, pendant la tempête sur le lac de Galilée, les apôtres crurent réellement sombrer : « Maître nous coulons ! nous périssons ! »
Ou bien, face à la Mer Rouge, les Hébreux pensèrent tout de suite qu’ils allaient mourir s’ils avançaient un peu plus : « nous allons être submergés ! » Mais un chemin de liberté s’ouvrit devant eux dans la mer, et ils avancèrent à pied sec à la suite de Moïse.
 Alors cette image de planter un arbre dans la mer, autrement dit de croire qu’une croissance est possible à travers les eaux de la mort, voilà une image intéressante, présentée par Jésus à ses disciples.
Il leur parle bien de nouvelle naissance, de renaître de l’eau et de l’esprit. Il leur annonce son chemin de vie, son propre chemin de vie, qui traversera bien des difficultés, ce chemin de croix, vers le Golgotha. Il sera tiré de la mort pour entrer dans la vie : le Ressuscité.
 Évidemment le grand arbre dans la mer c’est Jésus, Jésus par exemple à l’agonie, à l’agonie de Gethsémani ; les arbres de la mer ce sont les apôtres, les disciples, méprisés, mis à mort, à cause du nom de Jésus et, durant les trois premiers siècles de l’histoire de l’Église ce furent trois siècles de persécutions violentes.
Et puis les arbres dans la mer, c’est nous, c’est vous, c’est moi, ce sont les autres, affrontés aux difficultés de la vie, de la vie réelle, avec les joies mais aussi avec les peines sans doute.
 Voilà bien l’attitude de Jésus. Rien n’est impossible à Dieu. Un arbre déraciné par la violence humaine, par la bêtise humaine, peut être planté par Dieu dans la terre des vivants. Rien n’est impossible à Dieu, voilà la vitalité de la foi. Voilà ce que nous avons de si important, de si beau à partager aujourd’hui.
Cette foi confiante nous l’avons reçue, quelqu’un nous en a parlé autrefois, il y a quelques mois, quelques années, ou il y a bien longtemps. Et l’Esprit Saint a fait résonner ces mots en nous, ces mots ont été accueillis et connaissent un écho favorable en nous.
 Librement, librement, nous avons accueilli cette Bonne Nouvelle, LA Bonne Nouvelle ; et comprenons bien que sans ces personnes réelles, par lesquelles nous avons une profonde et une réelle connaissance, et qui ont été pour nous des serviteurs de l’Évangile, des témoins vivants de l’Évangile, sans ces personnes, nous ne serions pas là, ce matin, dans la cathédrale de Rennes, ni vous, ni moi.
Ou bien, peut-être que nous nous serions arrêtés en chemin.
Ces témoins bienheureux, ces témoins bénéfiques, ont été eux-mêmes précédés par tant et tant d’autres témoins ! Et, dans tous les cas, c’est l’Esprit Saint qui est le serviteur de la Parole. Le serviteur discret qui nous parle à l’oreille, l’oreille du cœur, l’oreille intérieure. C’est lui qui nous donne le sens de ces mots, qui nous fait aussi comprendre le sens de ces paroles reçues. Et comme le dit très bien l’Évangile de saint Jean « lui, l’Esprit Saint, est le premier Serviteur de la mission du Christ ».
 Bien sûr nous aussi, comme bien d’autres croyants, animés par l’Esprit Saint, nous sommes à notre tour, serviteurs de l’Annonce pour les autres, pour que d’autres vivent et que d’autres soient heureux, d’une Parole de bonheur, d’une Parole bénéfique, pour d’autres qui, comme nous, sont dans la mer, malades ou malheureux, dans leur vie professionnelle, leur vie familiale, leur vie personnelle. Tant et tant d’autres situations, et autant de situations bien réelles, où ils sont submergés par les eaux de la mort, se demandant comment ils vont bien pouvoir en sortir ou tenir, entendant monter en eux cette question : « qui nous fera voir le bonheur ? »
C’est de connaître la présence de Dieu et de reconnaître la bénédiction de Dieu, qui peut les faire passer de la question inquiète, inquiétante : « Qui nous fera voir le bonheur ? » à la foi en celui qui est Fils bien heureux. Bienheureux les pauvres.
À cette occasion je me souviens de cet échange avec cette jeune femme de 24, 25 ans, qui me dit : « Ah ! mon père, je ne serai jamais plus aimée, et je ne pourrai jamais plus aimer. » Entrer dans la foi, c’est Dieu qui par son Esprit nous donne ses raisons d’aimer et d’être aimé.
Autrement dit nous ne sommes pas baptisés pour nous-mêmes, pour soi, nous sommes baptisés pour les autres, pour d’autres, pour aimer. Il suffit d’aimer simplement, et chacun selon ses qualités, bien sûr, ses talents, ses pauvretés, et même ses limites, même ses limites. Et c’est la foi qui permet de se faire simple serviteur, serviteur, mais serviteur simple, serviteur au point de comprendre vraiment la Parole de Jésus. Nous sommes des serviteurs quelconques, non pas inutiles dans le sens où on pourrait nous mettre au placard, et ça ne changerait rien ; non, serviteur quelconque, serviteur second. Second ! Le Maître, le premier, c’est Lui. Nous n’avons fait que notre devoir. Demandons, et écoutons au fond de nous, comment l’Esprit Saint nous appelle, chacun à notre manière, chacun à notre place, et ensemble, à devenir serviteurs joyeux et enthousiastes de la mission du Christ aujourd’hui et ici.
    Père Yann Richard


29.09.2019
Titre : 26e dimanche du temps ordinaire
Auteur : Père Roger Afan


26ème dimanche du TO année C

Évangile : « Tu as reçu le bonheur, et Lazare, le malheur. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance » (Lc 16, 19-31)

Dans le passage de l’Évangile de ce jour, on nous propose l’une des paraboles des plus spectaculaires du Nouveau Testament. Nous nous trouvons ici aux Enfers tels que l’imaginaient les juifs, le séjour des morts avec des corps comme les nôtres, avec des doigts, une langue, du feu, de l’eau, avec une fournaise d’où le riche peut apercevoir de loin les élus et converser avec son père Abraham. Inconsciemment, avec toute sa richesse, ce riche se ferme le cœur à Dieu et aux autres. Et l’enfer, où il souffre, ne fait que prolonger ses choix d’ici-bas. Mais il a préféré la richesse à l’amour, et il a creusé autour de lui un abîme infranchissable. La distraction n’a pas vu la détresse du pauvre. Ce riche, il n’a pas tué, il n’a pas volé, il n’a pas commis de meurtre. Mais au milieu de ce festin il a oublié une seule chose : il n’a pas vu le pauvre à sa porte, il n’a pas voulu le voir ou, tout simplement, il n’en a pas tenu compte.
La première lecture de ce jour est terrifiante et l’Évangile est bien dérangeant par bien des côtés. Il nous plonge dans l’Ancien Testament avec Abraham et Moïse. On peut se demander où est passé Jésus avec sa pitié, sa miséricorde.
L’Homme Riche semble ne pas avoir de possibilité d’être pardonné et semble irrévocablement condamné.
Et dans ce contexte dur et bien loin de la miséricorde de Dieu, il semble aussi que l’on est malheureux sur terre, et qu’il faille attendre d’être mort pour être heureux. Cela est un peu déprimant.
En fait l’Évangile de ce jour est un texte pétri de la sagesse de l’Ancien Testament.
Il nous invite à mettre notre foi en pratique et à changer notre regard et notre cœur. Aujourd’hui, Jésus met devant nos yeux les conséquences désastreuses qui peuvent découler d’un mauvais usage des biens de ce monde, et met en scène des personnages. D’un côté il y a un homme riche, qui porte des vêtements somptueux, organise de grands festins, vit dans le superflu et jouit de ses biens pour lui-même, de façon égoïste. Un homme sans doute très sûr de lui et de sa richesse.
De l’autre côté il y a un pauvre. Cet homme est couché dans la position du malade, mais aussi celle du pécheur qui implore le pardon. Il est devant le portail c’est-à-dire à l’extérieur de la vie du riche. Il est couvert de plaies. Il a donc besoin de l’aide de son prochain.
Après la mort de l’un et de l’autre, le texte nous montre le renversement de la situation. Le pauvre qui gisait par terre est emporté par les anges au ciel. Et quant au riche, qui reposait sur un lit somptueux pour manger, il est tout simplement mis en terre. Cette dernière partie du récit est sans doute la plus importante car elle souligne bien la racine de tous les maux, à savoir l’aveuglement.
En effet le péché du riche, ce n’est pas d’avoir été riche, mais c’est d’avoir ignoré le pauvre couvert de plaies, qui le suppliait à sa porte. Le péché du riche c’est son aveuglement, la fermeture de son cœur. Donc nous comprenons que le problème n’est pas d’interdire qu’il y ait parmi nous des personnes riches, mais plutôt de les inviter à ouvrir leurs yeux à la souffrance et à la détresse de ceux qui sont dans le besoin.
Mais donner de l’argent, donner des biens matériels, ne suffit pas, car on peut faire l’aumône ou aider son prochain pour se donner bonne conscience, pour se justifier, ou pour éviter que celui qui quémande nous importune. Ou encore pour se faire remarquer. La juste attitude, que Jésus attend de ses disciples, n’est pas seulement de donner, pour répondre aux besoins matériels, mais de s’engager résolument soi-même dans une relation vraie avec son prochain pour soulager aussi et surtout les besoins d’amour de son cœur.
Saint Paul le dit sous une autre forme : « quand je distribuerais tous mes biens aux pauvres, quand je livrerais même mon propre corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité cela ne me sert à rien. » (1. Corinthiens, 13.3)
Avoir la charité, c’est répandre autour de soi l’amour, que nous puisons dans le cœur surabondant de Dieu. Si nous voulons aider véritablement le prochain qui est dans la misère, que cette misère soit physique ou morale, nous devons toujours commencer par poser sur lui un regard d’amour fraternel. En agissant ainsi, nous rendons à cette personne toute sa dignité, nous lui montrons qu’elle a du prix à nos yeux. Ensuite, et ensuite seulement, nous pourrons l’aider à subvenir à ses besoins matériels sans l’humilier. Nous avons tous au fond de nous un riche égoïste qui sommeille. Même si nous n’avons pas de compte en banque bien fourni, ou si nous ne faisons pas de festin somptueux tous les jours, nous devons rester constamment attentif à toute manière de donner, à notre manière de nous donner et de donner aux pauvres.
Comme le dit le proverbe africain, la façon de donner vaut infiniment mieux que ce que l’on donne.
Amen.

Père Roger Afan